Des voyages pour aider

Les « voyages pour aider » comme je les appelle sont nombreux. Tu peux aider une ferme en Irlande lors de la récolte, tu peux partir en Inde avec Médecin San Frontière pour aider la population locale, tu peux également aller planter des arbres en Colombie Britannique (dans l’ouest du Canada) ou encore, aider dans un centre animalier. Il y en a pour tous les goûts. J’ai choisi de partir 6 semaines dans un centre d’animaux sauvages en mai 2014. Cela commence à remonter mais j’avais envie de partager mon expérience avec toi, car elle reste toujours d’actualité.

Certains ont eu la chance de jouer au grand air. Ce n’est arrivé qu’une fois. Ils nous prenaient pour des arbres.

Mon dada à moi, c’est les animaux. J’avais du temps à perdre pendant mes vacances d’été de 4 mois. Ici, entre ta session d’hiver et d’automne lorsque tu es aux études, les vacances sont longues. Je ne pouvais pas rentrer en France. Beaucoup de jeunes québécois partent explorer l’Europe à sac à dos, moi, j’avais envie d’aller sauver des animaux. Mettre mes cours d’écologie en pratique directement sur le terrain. Histoire de voir ce que ça pouvait donner.

En cherchant un petit peu sur le web, je suis tombée sur le centre Aspen Valley Wildlife Sanctuary, au nord de Toronto, qui recherchait des volontaires. C’est au Canada, accessible en bus, ça à l’air chouette et je serais logé. J’ai envoyé ma candidature. Une semaine après, je passais un entretien Skype avec Jan, la responsable, pour m’expliquer que le volontariat ne serait pas facile. D’accord des deux côtés, je n’avais plus qu’à me préparer.

L’expérience fut forte en émotion. J’ai passé six semaines à Aspen Valley Sanctuary, à 5h de bus au nord de Toronto. Au départ de Montréal, le voyage fut long. Plus de 10h de bus avec deux escales. Il fallait vraiment le vouloir. Et ça tombé bien, je le voulais vraiment.

Les préparatifs

Moi, le premier jour à Rousseau, avant de savoir ce qui m’attendait. J’y ai laissé mon jeans préféré et reparti avec des tâches sur mon sweat.

L’entretien skype avec Jan était très important. Elle voulait que je sache à tout prix que se n’allait pas être qu’une partie de plaisir. Qu’il y aurait des hauts et des bas et que l’expérience serait physique.  Elle m’a également recommandé de me faire vacciner contre la rage. Le raton laveur étant l’animal porteur de cette maladie et que c’est l’animal le mieux représenté dans le centre, il ne fallait pas que je fasse ma maligne. Je n’ai pas pris ses conseils à la légère. Trois piqures plus tard, j’étais vacciné contre la rage.

Le trajet pour y aller est toute une expédition. 10h de bus, avec une escale. Oui il existe des trajets encore plus longs, mais c’est déjà bien pour une première expérience. Je ne voulais pas partir trop loin. Escale à North Bay, perdu au milieu de nulle part. Le stress de te tromper de bus quand tu es seul et voyage pour la première fois et bien présent.

Ce voyage était mon premier voyage en solo. Je suis parti avec un gros sac à dos de rands avec des affaires pour 6 semaines, le sac pesait lourd sur mon dos. Heureusement que je ne l’ai pas porté tout le temps avec moi. Je pense que j’aurai pu mieux organiser mon sac et prendre moins de choses. Les essentiels ? Sac de couchage, chaussures de randonnées, une paire de tongs, une polaire, un anorak, une tablette pour garder le contact avec la civilisation, des vêtements qui ne craignent pas la javelle, une lampe de poche, un couteau suisse et un répulsif à moustiques et mouches noires (je vous conseille d’acheter au Canada car les moustiques européens sont des tapettes à côté de ceux qu’on a ici).

Le centre

Perdu dans la forêt canadienne, le centre Aspen Valley récupère les animaux sauvages, généralement des bébés que les particuliers trouvent sur le bord de la route, chez eux ou sur leur chemin. Ces animaux sont des ratons laveurs majoritairement, mais j’ai aussi pu côtoyer des faons, des écureuils, des tortues de terre, des renards, des oursons, des loups, des castors et des coyotes pour ne pas les nommer tous. Leur mère est généralement tuée et les gens trouvent les bébés après coup. Ils les apportent au centre et nous prenons soin d’eux en les nourrissant, en les soignant s’ils sont malades ou s’ils ont subi des blessures quelconques. Mais surtout, on les aime. Même s’ils nous griffent, nous mordent et nous rendent fous.

Le coin des écureuils. 

Certains des animaux sont des « permanents ». Ils ne peuvent pas être remis dans la nature, car ils ont connu un contact avec l’homme trop important. Ils sont alors placés dans de grands enclos un peu plus loin du centre. On leur porte une attention aussi importante que les autres. C’est triste, mais ils ne sont pas oubliés pour autant.

Tipy, le coyote le plus affectif, l’un des permanents du centre.

Lena, le renard des neiges, également l’un des permanents.

Tout ce que le centre possède, c’est grâce aux nombreux dons (pour la plupart généreux) des locaux. Des draps, des serviettes, des chaufferettes, tout ce qui est matériel. Le centre organise des visites également pour générer des dons (car elles sont payantes) et des activités scolaires. Perdu où il est, Aspen Valley arrive à susciter de l’intérêt qui permet à ses résidents (les animaux) de survire.

Ce que j’ai appris

J’y ai appris la patiente. Lorsqu’un bébé prend 25min pour boire son biberon de 10ml alors qu’on en a encore 30 autres à nourrir, et que l’on a que 2h pour tous les nourrir avant le deuxième « feeding », il y a de quoi devenir fou.

J’ai appris à relativiser. Il y a des choses plus grave dans le monde que mes petits problèmes de fille de ville. Je vois la vie sous un autre angle.

J’ai appris à connaître les autres. On vit H24 et 7J/7 ensembles, au même endroit, dans les mêmes salles communes, dans les mêmes dortoirs. On travaille ensemble. On est tous tolérants et le partage est une valeur qui devient vite vitale. On s’aide les uns les autres. On vit ensemble pour le meilleur et pour le pire. On a tous une histoire différente à raconter. On vient d’une ville, d’un pays différent. La diversité a fait notre force au quotidien.

J’ai fait face à la mort. Car oui, tous les animaux ne peuvent pas être sauvés. Les premiers jours sont cruciaux et certains d’entre eux meurent sans qu’on s’y attende. C’est dur, surtout si on a été le dernier à nourrir le bébé la veuille et que le lendemain il meurt. Il y a eu des fois où nous ne pouvions rien faire, juste le regarder dépérir. Je me souviens d’une fois où nous avons emmené le bébé raccoon dehors, au soleil, pour qu’il ne meurt pas dans sa cage, et nous l’avions caressé jusqu’à la fin. La solidarité est alors très importante entre bénévoles, car la mort d’un animal n’est pas forcément notre faute. Il y a énormément de critères à prendre en compte (l’environnement, la présence de l’homme, ce qu’il a vécu avant…).

Un animal, c’est sale. Eh bien oui. On passe notre temps à nettoyer ses excréments, matin, midi, soir. Tout le temps. Si on ne le fait pas, les bactéries se développent et les maladies prolifèrent. Alors oui, on a de la diarrhée sur nous quand ils sont malades. Ça fait partie du deal. On finit par en rigoler et par ne plus y penser. On trouve ça drôle comme des enfants.  Heureusement, on avait quand même des combinaisons à mettre parfois sur nous.

On oublie comment on se maquille. J’ai passé 6 semaines de ma vie à porter les mêmes vêtements, à recevoir de la merde sur moi, à me salir chaque minute de mon temps, à ne plus me maquiller et me coiffer. À ne ressembler à rien tout simplement. Et le pire ? C’est que j’ai aimé ça. Alors je peux vous dire que le retour à la civilisation a été très dur. Il m’a fallu deux mois avant de me remaquiller comme je le fessais avant. Rassurez-vous, dès mon retour, je mettais des vêtements propres.

Je prends la vie d’une autre façon. Quand on apprend l’histoire de certains animaux, on a envie de faire plus attention à nos actes. C’est un travail au quotidien, mais j’essaie d’utiliser plus de choses recyclables, d’utiliser moins de plastique, de consommer moins de viande. De prendre tout simplement plus soin de ma planète, car ces centres ne devraient pas exister. Mais, heureusement qu’ils sont là.

Et le retour ? 

Notre hymne pour ne pas perdre la motivation dans la nurserie des ratons laveurs.

Quand on a pris soin d’animaux sauvages aussi longtemps, le retour à la réalité est très dur. Aspen Valley est vraiment perdu au nord de Toronto. La ville la plus proche est Rosseau et il n’y a rien à faire. Il y a juste une rue et trois commerces autour d’un lac. Hunstville est à une demi-heure de route, la ville est plus grande, mais à part y aller pour faire des courses, il n’y a pas grand-chose à faire non plus. On est un peu seul au milieu de nulle part, comme dans le film Into The Wild quand il trouve son bus, sauf qu’il y a plus d’animaux au mètre carré et 12 personnes dans ton bus.

Mais alors, pourquoi y es-tu allé me direz-vous ? Parce que je voulais agir. Nos efforts sont bien minimes face à la tâche, mais au moins, j’y ai donné de ma personne pour protéger un peu la nature. Il y a une légende qui me tient à coeur. Je ne sais plus d’où il vient, mais il m’affectionne tout particulièrement. Il y a un incendie dans la forêt et les animaux le regardent prendre de la place sans rien faire. Un Colibri va chercher de l’eau avec son petit bec dans une rivure à des kilomètres de là et revient pour jeter cette eau sur l’incendie. L’oiseau effectue cette tâche indéfiniment jusqu’au moment où un autre animal lui dit que ce n’est pas avec ses quelques gouttes d’eau que le feu va s’éteindre. Et le Colibri lui répond : « Je sais, mais je fais ma part ».

Moi aussi j’ai fait ma part et j’en suis fière. Je vois le monde sous un autre oeil avec l’envie de refaire cette expérience, mais avec des animaux marins cette fois-ci. Pourquoi pas en Australie la prochaine fois ?

 

As-tu déjà fait une expérience similaire ? 

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