Une vie d’expatrié

Aujourd’hui c’est dimanche. Eh oui, le week-end est déjà fini. J’avais envie de t’écrire un article pour la St Valentin du genre « les 7 voyages écolo-pratico pour la St Valentin », mais n’étant pas une grande fan de ce genre d’évènement (pourquoi montrer son amour 1 jour sur 365 ?), je me suis dit que ça ne collerait pas avec le thème du blog. Puis, de toute façon « l’évènement » est dans 2 jours, je m’y prends un peu tard pour te proposer des bons plans voyage.

À la place, je te propose un article humeur, pour la première fois sur le blog. Je te parle d’expatriation et comment, de mon point de vue et mes expériences je vis ça depuis trois ans. L’expérience est différente pour tout le monde, je te propose la mienne. Entre découverte et déception,  le Canada n’est pas forcément l’eldorado si bien décrit. Pour certains oui, pour d’autres non.

T’es prêt ? 

J’ai lu un bon article récemment qui parler de Québécois qui revenaient au Canada après avoir vécu quelque temps ailleurs. Que ce soit des Québécois, des Français ou des Allemands, le retour se fait toujours de deux façons différentes : soit tu es content, soit tu ne l’es pas. C’est aussi simple que ça.

Avant de te lancer dans un projet d’expatriation, tu dois y réfléchir. Ce ne doit pas être un coup de tête. Ce n’est pas comme une envie de chips que tu peux assouvir rapidement. Non. L’expatriation, c’est quand tu décides de tout quitter pour faire ta vie ailleurs. Bye bye les amis, ton appartement, ta famille et tes petites habitudes. Il y a plusieurs types d’expatriation. Ceux qui n’ont pas vraiment le choix de partir, car leur pays est en guerre par exemple. S’ils veulent avoir une chance, ils doivent partir. On appelle cela plus de l’immigration, des réfugiés de guerre, mais le principe de basse est le même : tu quittes tout. Puis tu as ceux qui ont plus de chance, une jolie vie d’Occidentale, avec une job, un revenu modeste et une vie sociale acceptable. Un jour, c’est le déclic pour cette personne. Sa vie ne lui correspond plus. Sa job ne lui apporte plus rien, la société dans laquelle elle évolue ne fit pas avec son caractère. Elle décide d’aller voir ailleurs.

Ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé pour moi. Je savais depuis quelque temps que la France ne me correspondait plus, que j’avais besoin de changer. Pour moi, c’était de changer de ville, découvrir un autre endroit en France avec une autre culture régionale qui aurait pu m’aider. Je ne me voyais pas partir à l’autre bout du monde pour y faire ma vie. Trop timide et réservé, je préférais mon confort qui ne me plaisait pas plutôt que d’expérimenter autre chose. Peut-être encore trop jeune pour faire le grand saut toute seule.

J’ai eu la chance d’étudier dans une école qui proposait un semestre de césure à l’étranger. Maintenant, c’est devenu un classique de partir vivre une expérience à l’étranger pendant ses études. Je me voyais découvrir une fac américaine, faire partie d’une sororité et d’avoir l’expérience de ma vie. Ça a été tout le contraire. Je ne suis jamais partie dans cette fac, faute d’un score pas assez élevé à l’examen du TOEIC. Pourtant, j’y allais pour améliorer mon anglais. Aucune des facultés américaines avec lesquelles mon école avait un partenariat ne voulait de moi. C’est là que mon père m’a dit :  » mets Montréal et Québec sur ta liste. Au moins, tu partiras quelques pas. » Je voyais ça comme un échec.

On prend la route et on découvre quelque chose d’autre. On partait découvrir le Québec.

Puis la bonne nouvelle. L’UQAM (l’Université du Québec à Montréal) m’acceptait pour un échange universitaire pendant la session d’automne dans le BAC de relations publiques. Le BAC est pour eux l’équivalent de notre licence à nous. Enfin, je vais pouvoir partir et découvrir de nouvelles choses.

Cet échange a été une vraie révélation. Une fois rentrée dans mon école française, je prévoyais déjà de faire mon stage de fin d’études à Montréal. Je m’y étais fait de très bons amis, débuté une nouvelle vie, découvert une nouvelle culture, une société qui me correspondait plus. 6 mois plus tard, j’étais de nouveau à Montréal pour mon stage de fin d’études.

La vie a fait que depuis, je suis encore à Montréal. Pourtant, ce n’est pas tant l’eldorado que les médias peuvent en faire. Pour certains, les portes s’ouvriront en grand. Le job de leur rêve les attendra. Pour d’autres, ça ira de galère en galère. Je n’ai pas trop à me plaindre. J’ai eu mes visas facilement, j’ai trouvé à chaque fois un logement rapidement, et mon cercle social n’est pas si pire. J’y ai trouvé de petits jobs rapidement, mais le job de ma vie est difficile à trouver.

Cependant, tout n’est pas rose. Le stress des visas (vais-je l’obtenir et ainsi rester encore ?), l’absence de sécurité sociale (si tu es en PVT), et surtout, la catégorisation de ta nationalité. Tu es français ? On saura te le rappeler. Les Québécois te diront que la France les a abandonnés en 1600 et quelques choses, mais tu n’y es pour rien bien sûr vu que tu n’y étais pas. T’es français, alors tu aimes le vin et le fromage. Quand ce n’est pas le cas, il se demanderont si tu es vraiment français. Et je vous passe les questions récurrentes : qu’est ce que tu fais ici ? Pourquoi as-tu quitté la France ? Tu aimes Montréal ? Tu es en PVT ? T’habites sur le Plateau ? Depuis quand es-tu ici ? Tu as pris l’accent dit donc. À chaque fois que tu rencontres une nouvelle personne, tu auras au moins à répondre à l’une de ces questions. Après trois ans à Montréal, je suis parfois frustré. Je me dis que je ne suis toujours pas intégré, que chaque jour je dois faire mes preuves. C’est peut-être pour cela que tant de français reste entre eux. J’ai un cercle d’amis à la fois québécois et français et je suis contente d’avoir cette mixité.

Puis le stress des visas t’empêche un peu de prévoir ta vie. J’aime organiser les choses, prévoir un peu l’avenir, cela me donne une idée de ce qui pourrait se passer, de ce que je pourrais faire de ma vie. J’aime aussi bien sûr que certaines choses en cours de route change, mais j’aime bien que cela soit des petites choses au jour le jour. Les visas que j’ai faits duraient en moyenne 1 an. Difficile de prévoir sa vie 1 an à la fois. Chaque année c’était : est-ce que je rentre ? Qu’est-ce que je peux faire pour rester ? Le seul moyen pour ne plus se poser ces questions ? La résidence permanente. Elle te donne les mêmes droits qu’un Canadien à l’exception du vote. Là, tu peux te prévoir un avenir. Mais elle est chère. Environ 3000$. Je me suis toujours dit qu’il me faudrait un vrai job pour la lancer. Quelque chose de concret qui me permettrait de rester. Mais en même temps, 3000$ pour une vie qu’est ce que c’est ?

Bien sûr, je te parle ici de mon expérience. Si tu te lances dans une autre vie, tu vivras la chose sous un tout autre angle. J’adore Montréal, mais parfois je me questionne. Peut-être que ma ville de prédilection est ailleurs, que ma vie n’est pas ici. J’ai des opportunités qui s’offrent à moi aujourd’hui et je ne sais pas comment les prendre. Jamais prévus de rentrer en France, pour me reposer, voir ma famille et mes amis, avant de mieux repartir ailleurs. La vie a décidé de me donner de nouveaux choix. Moi qui ne sais pas choisir en temps normal, c’est encore moins facile quand cela touche directement des choix qui pourront changer radicalement ta vie.

Montréal, tu risques de me voir encore. Je ne perdrai pas ma motivation pour encore croire en toi ou en ton pays. Ton premier ministère est bien trop beau. Puis, à l’heure d’aujourd’hui, tu es la seule à montrer que tu veux encore un peu de moi. Des gens me demandent pourquoi je veux renter en France. Je ne veux pas rentrer pour y refaire ma vie. Je ne suis pas vraiment une fille de ce pays même si mon coeur est français. J’ai bien trop bougé avec mes parents pour me forcer à rester dans un endroit qui ne me correspond pas, même si à un moment j’avais décidé de ne plus bouger. La vie change. Mes parents sont les premiers à me forcer à partir ailleurs, découvrir un Nouveau Monde. Certains de mes amis en France, quant à eux, ne comprennent pas forcément pourquoi je suis partie. Quelqu’un m’a même dit un jour : « Je suis né ici, je mourrais ici ». C’est un peu intense quand tu as 18 ans, mais maintenant je comprends un peu. Non, si je rentre, c’est pour mieux repartir.

Quand tu es un expatrié, tu représentes ton pays et tu en es fière. Du moins, c’est mon cas à moi. J’aime dire que je suis française. Paris fait tant rêvé et les Françaises ont tellement de classe. Les clichés culturels ont parfois du bon. Oui j’aime le pain, les croissants et la bonne bouffe. Mais parfois, c’est dur de faire croire que certains clichés ne sont pas vrais. Non, je n’aime pas le fromage, mais je parle bien anglais.

La vie et ses dilemmes, ses embûches et ses désillusions. Si tu veux partir, n’attends pas et va-t’en. Ne serait-ce qu’un temps, va y part. Peut-être que tu te rendras compte que ta vie est en France. Ou pas. Qu’au contraire, tu es fait pour vivre au Brésil et que ta vie y sera plus épanouie. Part. Voyage, découvre le monde, fait ton propre avis. C’est la meilleure chose à faire. Découvre une nouvelle culture. Rends-toi heureux.

Et si je restai encore un peu chez toi Montréal,

Continueras-tu à me montrer tout ton amour ?

Suis-moi !

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One Reply to “Une vie d’expatrié”

  1. Un joli billet ! Je suis très attachée à la France personnellement, mais ça ne m’empêche pas d’envisager l’expatriation loin de là ! Mais c’est vrai que tu soulèves un point qui ne m’étais pas venu à l’esprit; cette histoire de visa d’un an… j’aime aussi prévoir un peu, me projeter et rêver à mon avenir et je detestais lors de mes études ne pas savoir où je serais l’an prochain… J’étais dévorée d’impatience alors je crois que je serais dans la même situation que toi.
    Quand tu parles des gens qui même 3 ans après te posent les mêmes questions sur tes origines, ce doit vraiment être pesant (et en écrivant ce commentaire, je me dis que là on touche vraiment à ce que doivent vivre parfois les personnes de couleurs en France, même si c’est toutes proportions gardées bien sûr)

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